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Compte rendu d’atelier: Limiter le plagiat dans l’évaluation des apprentissages en formation à distance?

Jean-Marc Nolla, professeur régulier en planification et évaluation des apprentissages à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) et Sophie Breton-Tran, professeure de littérature et coordonnatrice du Centre d’aide en français (CAF) au Cégep Gerald-Godin ont animé l’atelier du 20 avril dernier : Limiter le plagiat étudiant dans l’évaluation des apprentissages en formation à distance.

Le plagiat n’est pas un fait nouveau et remonte aussi loin que l’antiquité, se complexifiant avec l’avènement de nouvelles technologies telles que l’imprimerie dont l’arrivée, aux alentour du 18è siècle, a donné naissance aux notions d’individu, de droit d’auteur et de propriété privée. Le numérique quant à lui décuple l’accessibilité au savoir et amène de nouveaux défis liés à la traçabilité de ce savoir, notamment en termes de leur origine et de leur principal point de diffusion. En plus d’une plus grande accessibilité, le numérique permet aussi une facilité accrue à diffuser le savoir découvert en ligne, ce qui complexifie davantage encore la question du plagiat.

Le plagiat : une préoccupation importante durant la pandémie

La pandémie a forcé le passage brutal de la formation en présentiel à l’apprentissage en ligne. Par conséquent, la mise en ligne rapide des cours et des évaluations a laissé très peu de temps pour adapter les évaluations, en plus d’augmenter la charge de travail et le niveau de stress des enseignants et des étudiants. La préoccupation pour le plagiat a donc augmenté et les cas détectés sont plus nombreux qu’auparavant.

Entre mars 2020 et juin 2021, il y a eu plus de 500 cas de plagiat dénoncés à l’Université de Montréal.

Le plagiat existe bel et bien. Et il ne touche pas seulement les étudiants. En effet, une grande variété de circonstances autres que le seul monde académique favorisent le plagiat. Plusieurs artistes et personnalités politiques ont été mis au banc de la société pour des cas de plagiats dont certains extrêmement flagrants. Si certains ont pu se défendre et prouver leur innocence, beaucoup ont dû renoncer à leur emploi et faire face à des sanctions sévères.

Pratiques de plagiats: des plus simples aux plus complexes

Il existe de nombreuses stratégies de plagiat, certaines conscientes, dont le profil du bricoleur, et d’autres inconscientes, comme le type dit « manipulateur ».

Le plagiat est une réalité complexe, mais qui s’enracine.

Il existe plusieurs conséquences au plagiat, tant pour les individus qui en sont victimes que pour les plagiaires et les institutions. La perte de confiance, les sanctions juridiques, une réputation entachée et un effet sur la réputation des diplômes décernés par l’institution comptent parmi les nombreuses conséquences du plagiat.

 

 

Pour Jean-Marc Nolla, la plus grande conséquence du plagiat affecte la science elle-même. L’outil Retraction Watch, lancé en août 2010 par Ivan Oransky et Adam Marcus, analyse les rétractions d’articles scientifiques et commente des sujets liés à l’intégrité scientifique. Alors qu’en 2000, seulement 40 publications ont été retirées des bases de données pour cause de plagiat, en 2016 il y en a eu 1400 et, malgré tout, ces publications continuent d’être citées, faute de mise à jour.

Le plagiat (conscient et inconscient) est une fraude. Mais toutes les fraudes ne sont pas du plagiat.

L’intentionnalité joue un rôle important quand on parle de plagiat. Il peut y avoir des plagiats qui ne sont pas intentionnels ou qui sont dus à de fausses croyances de croire que paraphraser n’est pas du plagiat. Dans la littérature institutionnelle, la discussion entre plagiat conscient et plagiat inconscient demeure floue. La distinction entre plagiat, tricherie et fraude n’est pas bien tranchée.

La notion d’auto-plagiat constitue un autre exemple de flou pouvant créer de la confusion dans ce dossier. On parle d’auto-plagiat lorsqu’un individu réutilise un de ses propres travaux déjà soumis pour le présenter à nouveau dans un différent contexte. Est-ce que cette personne est victime de son propre vol ou est-ce qu’elle a le droit d’utiliser des contenus dont elle est l’auteure? Le travail appartient-il à l’institution ou à la collectivité?

Il y a une multitude de facteurs qui sont propices au plagiat dont le numérique (la propension d’outils que l’étudiant peut utiliser), l’environnement scolaire (le type d’évaluation, la pondération, etc.), l’étudiant (méconnaissance du plagiat, ou compétences informationnelles limitées).

Les outils et stratégies d’interventions

Dans la littérature, trois stratégies d’intervention pour limiter les plagiats sont identifiées:

En pratique, trois types d’actions ont été identifiés: la sensibilisation (avant les évaluations), la détection (à l’aide de logiciels, gratuits ou payants) et la sanction (l’application des normes). La sensibilisation consiste par exemple à présenter les politiques institutionnelles qui sont souvent axées sur une détection et une sanction. Les politiques institutionnelles ont peu à avoir avec l’approche éthique. Le code éthique, la formation sur le plagiat, s’il y en a, ne sont pas nécessairement rattachés aux politiques institutionnelles. De plus, en l’absence de consensus sur les définitions de plagiat tricherie et fraude, il y a un impact sur l’approche à préconiser dans les politiques institutionnelles.

 

La bienveillance: un complément essentiel à l’éthique de la responsabilité

Le plagiat est complexe, il n’y a pas la solution, il y a des solutions. Pour lutter contre le plagiat il faut adopter non seulement une approche transversale, mais il faut développer une posture éthique.

Pour lutter contre le plagiat, il faut lutter contre les idées préconçues que l’on se fait des étudiants comme étant des plagieurs invétérés. Il faut adopter une attitude de sollicitude envers les étudiants, ajoute M. Nolla. La bienveillance est donc une posture à adopter lorsqu’on parle de plagiat chez les étudiants, car ceux-ci ont un droit naturel à la vulnérabilité.

 

Pourquoi adopter une posture de bienveillance?

 

Selon M. Nolla, il faut adopter une posture de bienveillance parce qu’il y a beaucoup d’erreurs de jugement et de biais inconscients qui entrent en jeu. Le personnel enseignant voit beaucoup de cas de plagiat, mais n’est pas nécessairement formé pour y répondre. Leur réponse très souvent est une reproduction de ce qu’ils ont vu d’autres professeurs faire auparavant. Mme Breton-Tran conclut la présentation en ajoutant que le plagiat est un problème de société et qu’il est épistémologiquement et intimement lié aux notions de savoir et de droit d’auteur. Les étudiants ne peuvent pas être les seuls tenus responsables de plagiat, car nul n’en est à l’abri et les causes de plagiat sont multiples. Lorsqu’on parle de plagiat il faut parler de spectre ou d’un axe plutôt que d’un lieu de grand manichéisme. Il y a beaucoup de zones grises lorsqu’on traite de cas de plagiat, les solutions toutes faites apportent plus de questions que de réponses et ne donnent pas d’information sur l’intentionnalité de l’étudiant. Opter pour une attitude bienveillante contraint l’enseignant à faire un effort de clarification sur les règles et les attentes en évaluation, mais aussi à réfléchir sur sa responsabilité, ses pratiques évaluatives et ses compétences à repérer et répondre au plagiat.

 

Les animateurs proposent deux ouvrages pour continuer la réflexion sur les questions de plagiats:

Pour les personnes intéressées, l’enregistrement de l’atelier est disponible en ligne.

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